Parc National du Tarangire
Vendredi 11 septembre 2026
Après le petit-déjeuner, nous prenons la route en direction du Parc National du Tarangire où nous arrivons vers 10H00.
Le Parc National de Tarangire est considéré comme l’un des plus beaux refuges de vie sauvage de Tanzanie. Il porte le nom de la rivière qui le traverse, et ne se tarit jamais en certains endroits.
Il a une superficie de 2 600 km2, avec une forme allongée de près de 100 km de long et en moyenne 30km de large. Il est bordé à l'Ouest par l'extrémité orientale du rift africain, et son altitude moyenne est de 1 100 mètres. Cependant, son relief est globalement peu marqué à l'exception de la vallée creusée par la rivière. Le paysage est principalement constitué de savane arborée, avec de nombreux acacias, mais il possède la plus forte concentration de baobabs au monde.
On y trouve à cette saison des éléphants en grand nombre, mais aussi des girafes, des élands du Cap, des bubales de Coke, des impalas, des dik diks, des phacochères, des lycaons, des grands koudous, des lions, des léopards et des guépards. En ce qui nous concerne, nous ne verrons ni les lycaons, ni les grands koudous, mais nous reverrons globalement la majorité des espèces que nous avons rencontrées au cours des jours précédents. Ce sera donc une bonne révision, mais le plus de ce Parc National sera la beauté des paysages. Nous découvrirons aussi une bonne quinzaine de nouvelles espèces d'oiseaux au cours de la journée.
Nous commençons d'ailleurs par voir, à quelques minutes d'intervalle, deux espèces de touraco : le touraco à ventre blanc et le touraco masqué.
Le touraco à ventre blanc porte une longue huppe dressée sur la tête, un corps au plumage blanc blanc avec une gorge brun foncé et une longue queue sombre marquée de blanc. La couleur verte de son bec nous indique qu'il s'agit d'une femelle, alors que le mâle a un bec noir.
Le touraco masqué est caractérisé par sa face noire, sa petite huppe hirsute et son plumage aux tons brun-gris avec une gorge blanche. Comme pour le touraco à ventre blanc, la femelle a un bec vert, c'est donc un mâle que nous observons ici.
Comme prévu, nous voyons une multitude de baobabs, des arbres qui peuvent atteindre 2000 ans selon ce que nous indique Philipo notre guide. Il nous explique que l'intérieur de leur tronc est constitué d'une matière spongieuse qui leur permet de stocker de grandes quantités d'eau. Ils sont ainsi capable de résister aux périodes de sècheresse. Mais les éléphants connaissent cette particularité des baobabs, et n'hésitent pas à perforer les troncs pour aller se désaltérer. C'est pour cette raison que nous voyons de nombreux baobabs présentant d'importantes cavités.
Nous prenons le temps d'observer un troupeau de zèbres qui se trouve justement sous un baobab.
Nous remarquons que les zèbres adoptent une position appelée « position tête-bêche » ou « accolade de zèbre ». D'autres se placent à la queue leu leu, en posant leur tête sur l'arrière du dos de leur congénère. Il y a plusieurs raisons à cela...
Pour la position tête-bêche, en plaçant leurs têtes dans des directions opposées, chaque zèbre surveille l'horizon derrière l'autre. Ce système de guet permet au duo de repérer immédiatement un lion ou une hyène en approche, tout en s'accordant un moment de répit.
La tête d'un zèbre est très lourde, et maintenir le cou dressé en permanence demande un effort musculaire constant. En posant son menton ou son cou sur le dos de son compagnon, le zèbre utilise l'autre comme un coussin pour soulager ses muscles sans avoir à s'allonger (ce qui le rendrait vulnérable). Mais d'autre part, les zèbres s'associent généralement ainsi afin de renforcer la cohésion au sein de la famille. De plus, cela leur permet de chasser mutuellement les mouches et les taons de leurs visages à l'aide de leurs queues.
Il y a aussi des acacias, et les girafes ne se privent pas d'en profiter...
Et justement, c'est sur une branche d'acacia que nous observons un autour à ailes grises (Melierax poliopterus). Son corps gris cendré sur le dessus et finement barré de blanc et de gris sur la poitrine et le ventre. Il possède de longues pattes de couleur rouge-orangé. On peut remarquer que son bec est bicolore. La base du bec, appelée la cire, est d'un jaune vif très voyant, tandis que le bout crochu est noirâtre ou gris sombre. Il passe la majeure partie de ses journées perché dans un acacia ou d'un baobab en scrutant le sol à la recherche de proies telles que des lézards, des rongeurs, des serpents ou de gros insectes. Fait très insolite pour un rapace, s'il rate sa cible en plongeant depuis son perchoir, il est tout à fait capable de poursuivre activement sa proie en courant sur le sol grâce à ses très longues pattes nues et puissantes.
Quant au lion que nous observons au pied d'un arbre, il n'a que faire de son essence, pourvu qu'il lui fasse un peu d'ombre...
Nous avons maintenant la chance d'observer une outarde du Sénégal (Eupodotis senegalensis) qui se faufile discrètement au coeur des hautes herbes sèches. Contrairement à d'autres espèces d'outardes africaines qui migrent selon les pluies, cette espèce est sédentaire. Elle reste toute l'année dans les savanes arbustives et les prairies du Tarangire.
Comme nous pouvions nous y attendre, nous voyons un troupeau d'éléphants. Mais nous remarquons en même temps, un bel arbre aux fleurs roses, ce qui est assez rare en ce moment dans la région... Il s'agit d'un jacaranda rose (Stereospermum kunthianum). Ses fleurs en forme de trompette sont d'un rose pâle à violacé avec des stries plus sombres à l'intérieur. La floraison a lieu pendant la saison sèche (généralement d'août à octobre), lorsque l'arbre a perdu une grande partie de ses feuilles. Comme on peut le voir sur la photo ci-dessous, cela crée un contraste saisissant au milieu des herbes dorées de la savane.
C'est maintenant un calao de Von der Decken (Tockus deckeni) qui est posé sur un autre arbre. Cet oiseau affectionne particulièrement la brousse aride, les savanes d'épineux et les zones boisées sèches qui bordent les plaines du Tarangire. Son bec rouge vif surmonté d'une teinte crème ou ivoire est l'attribut exclusif du mâle. Les femelles de la même espèce possèdent un bec entièrement noir. Les calao de Von der Decken se déplacent souvent en petites unités familiales sur le sol à la recherche d'insectes, de fruits et de petits lézards.
Nous sommes assez surpris de voir la quantité innombrable de termitières qui atteignent souvent des hauteurs impressionnantes. Édifiées par les termites à partir de boue, de salive et d'excréments, elles présentent généralement une forme en colonne élancée sur une base conique. Une termitière "cathédrale" comme celle-ci mesure généralement entre 2 et 3 mètres de hauteur, mais elles peuvent atteindre exceptionnellement jusqu'à 6 à 8 mètres de haut. Pourtant, ce n'est que la partie émergée de la termitière, car elle possède un réseau de galeries souterraines souvent encore plus vaste que la partie visible... Il faut généralement 4 à 5 ans à une colonie pour bâtir une termitière de cette envergure. Ces constructions durent bien plus longtemps que les colonies qui les ont construites, subsistant parfois plusieurs décennies voire des siècles dans le paysage de la savane. C'est certainement la raison pour laquelle nous en voyons un si grand nombre.
Nous avons le plaisir de croiser un petit groupe de cobes à croissant. L'un d'entre eux semble même un instant poser pour la photo, avant de nous présenter son meilleur profil...
Quelques centaines de mètres plus loin, une autruche mâle déambule fièrement dans les hautes herbes.
Mais alors que nous nous étions arrêtés pour regarder l'autruche, nous voyons un dik dik qui nous observe timidement. Lorsque qu'il nous regarde de face, nous voyons très bien la touffe de poils qui se dresse sur sa tête. Le dik-dik peut redresser ou agiter cette touffe de poils lorsqu'il est en état d'alerte, stressé ou excité. En l'occurrence, il semblerait que ce soit parce qu'il n'est pas rassuré de se trouver aussi proche de nous. Nous ne tardons donc pas à le laisser tranquille.
Voici que nous faisons une rencontre qui nous semble assez exceptionnelle. En tous cas, nous sommes émerveillés de découvrir un splendide oiseau coloré qui ressemble à un pic... C'est un barbican à tête rouge (Trachyphonus erythrocephalus). Tête rouge vif plus ou moins mêlé de noir avec une tâche blanche en virgule au niveau de l'oreille, poitrine orangée, ventre jaune et dos noir largement moucheté de blanc, nous n'avons jamais observé un oiseau aussi magnifique. Comme nous pouvons le voir ici, il creuse souvent son nid dans la terre dure des termitières. La chambre de nidification ainsi créée sert non seulement à la reproduction, mais aussi de dortoir commun où le couple dominant et ses aides passent la nuit ensemble. Omnivore, il mange des graines, des fruits, des invertébrés et bien sur des termites.
Alors que nous arrivons à proximité d'une rivière, nous apercevons un grand échassier immobile sur la berge. C'est un marabout d'Afrique (Leptoptilos crumenifer) qui vit principalement dans les savanes et les zones humides d'Afrique subsaharienne. Il mesure entre 1m et 1.50m de hauteur, avec une envergure pouvant dépasser les 2 mètres. Sa tête et son cou sont chauves et roses, ce qui lui donne un aspect particulier proche de celui des vautours, bien que son bec ressemble davantage à celui d'une cigogne. Il est carnivore et charognard, se nourrissant de carcasses, d'insectes, de petits mammifères ou de poissons.
Juste à côté de lui, nous retrouvons l'ouette d'Egypte (Alopochen aegyptiaca).
Un peu plus loin, quelques babouins s'activent avec leur progéniture.
Alors que nous sommes arrêtés pour regarder passer un troupeau de girafes...
... Philipo nous montre un groupe d'oiseaux qui se déplace furtivement dans les hautes herbes. Ce sont des grands calaos terrestres (Bucorvus leadbeateri), également appelés bucorves du Sud. Ces grand oiseaux au plumage noir, sont reconnaissable à leur long bec sombre, leur casque creux et leur peau faciale ainsi que leur gorge d'un rouge vif. Cette espèce principalement terrestre marche et chasse au sol dans les savanes et prairies d'Afrique australe et de l'Est plutôt que de voler. C'est un carnivore opportuniste et un chasseur redoutable. Il se nourrit de gros insectes (sauterelles, scarabées, chenilles), d'araignées, de scorpions et d'escargots, mail il peut manger aussi des grenouilles, des crapauds, des lézards, des tortues et de petits mammifères rongeurs, de jeunes lièvres ou des écureuils. Il est capable de tuer et de consommer des serpents venimeux. Pour éviter leurs morsures, il les saisit par l'extrémité de son puissant bec et les frappe à plusieurs reprises contre le sol ou contre un tronc d'arbre pour les tuer. Occasionnellement, il mange des œufs ou même des oiseaux, des charognes, et, très rarement, quelques graines et fruits.
Nous ne sommes pas mécontents de rencontrer un impala, qui va finalement nous céder sa place pour nous permettre de pique-niquer à proximité de la rivière, alors qu'il est déjà 13H30.
Pendant que nous mangeons, nous avons tout le temps d'observer les nombreux oiseaux qui viennent se poser à proximité de nous dans les branches. C'est ainsi que nous observons :
- l'histurgopse à queue rouge (Histurgops ruficauda), une espèce de passereau appartenant à la famille des tisserands, endémique d'Afrique de l'Est, principalement présente en Tanzanie.
- le bulbul tricolore (Pycnonotus barbatus tricolor), un oiseau sédentaire extrêmement commun et omniprésent en Afrique de l'Est, particulièrement visible dans les savanes arborées du Tarangire tout au long de l'année.
- le rollier à longs brins (Coracias caudatus), également connu sous le nom de rollier à gorge lilas. Cet oiseau est absolument magnifique avec sa gorge et sa poitrine couleur lilas, son dos brun, ses ailes et son ventre d'un bleu éclatant, et avec de longues plumes caudales en forme de filets. Il se perche en hauteur pour guetter et capturer des insectes, des lézards et de petits invertébrés sur le sol.
Avant de quitter les lieux de notre repas, nous observons plus attentivement les berges de la rivière, un peu en amont. Nous pouvons voir ainsi que de nombreux animaux tels que les impalas et les babouins se pressent sur les rives.
Mais il y également, à peu de distances, des lions... Et en particulier, nous voyons une lionne qui traverse la rivière, pour partir à la chasse d'un groupe de phacochères. Nous l'avons vue tenter une poursuite infructueuse, car les proies potentielles étaient sur leurs gardes, et ont réussi à lui échapper.
Au même moment, la majestueuse silhouette d'un pygargue vocifère (Icthyophaga vocifer) plane au-dessus de nos têtes. Parfois nommé "aigle pêcheur d'Afrique", c'est l'un des rapaces les plus emblématiques d'Afrique subsaharienne. Il est facilement reconnaissable à sa tête blanche, son corps brun foncé et sa queue blanche. Le pygargue vocifère est une espèce sédentaire strictement liée aux zones humides. il n'est donc pas étonnant de l'observer ici, à proximité de la rivière, où il capture les poissons se trouvant près de la surface. Cependant, il peut aussi chasser les canards, les flamants roses, les cormorans ou les poussins des divers échassiers. Plus rarement, il consomme des rongeurs, de petites tortues, des grenouilles ou même de jeunes crocodiles. À l'occasion, il ne manque pas de se nourrir de charognes.
Un peu plus loin nous rencontrons un circaète brun (Circaetus cinereus), posé sur des branchages. Ce grand rapace diurne est entièrement de couleur brun sombre, avec une tête ronde et massive, des yeux perçants et une courte huppe érectile. Il se nourrit principalement de reptiles, et notamment de serpents.
Le festival des oiseaux de proie continue avec l'aigle ravisseur (Aquila rapax). On peut voir que la commissure du bec s'arrête nettement au niveau du milieu de l'œil. C'est le critère anatomique majeur permettant de le différencier de l'Aigle des steppes (Aquila nipalensis), chez qui la ligne jaune du bec s'étire beaucoup plus loin en arrière de l'œil
Nous terminerons notre journée sur une dernière observation ornithologique en observant deux corvinelles noir et blanc (Lanius melanoleucus aequatorialis). Au mois de septembre, la concentration d'animaux et d'insectes autour des points d'eau restants (comme la rivière Tarangire) offre à ces oiseaux de parfaits postes d'affût sur les branches d'épineux pour fondre sur leurs proies au sol. La majorité de leurs repas est composé d'une grande quantité d'arthropodes, notamment des sauterelles, des criquets, des coléoptères, des mantes religieuses, des fourmis, des termites, des mille-pattes ainsi que des grosses larves. Elles consomment parfois des baies et divers fruits sauvages, mais elle peu aussi à l'occasion se nourrir d'une charogne plus ou moins fraîche.
C'est ainsi plus d'une quinzaine d'oiseaux d'espèces différentes que nous avons eu la chance d'observer aujourd'hui. Il faut souligner que notre guide est passionné d'oiseaux depuis son enfance. Il nous a raconté qu'il partait seul dans la nature les observer, avant que sa mère ne lui achète un livre d'ornithologie pour lui permettre de progresser sur le sujet. On peut dire qu'il a su profiter de cette chance, et par la même, nous avons nous aussi pu en profiter... Faire un safari avec Philipo, c'est vraiment faire un safari bonifié, et nous l'en remercions encore.
Nous arrivons à 17H45 à l'Arusha Safari Lodge, où Philipo nous dresse un bilan du séjour, avant de prendre congé de nous avec une émotion réciproque.
L'hébergement et la restauration était à la hauteur de tous les précédents lodges où nous sommes passés, et lorsque l'agence Allibert-Trekking présente ce voyage comme un "safari confort", les voyageurs et clients que nous sommes ne peuvent être que comblés par le niveau des prestations.